Concessionnaire… une faveur accordée…?

By 15 novembre 2020 Diagnostic

Concessionnaire… une faveur accordée… ?

 

S’il fallait objectivement dépeindre l’activité de DISTRIBUTEUR sous statut « concessionnaire »[1], on pourrait la caractériser de la façon suivante…

Un métier de « pauvre » (hors rentabilité à long terme des investissements fonciers et immobiliers) dans lequel…

  • On abandonne, par adhésion contractuelle sans discussion, toute indépendance économique (exemple : la distribution concédée des agroéquipements est à ce jour en effet, toujours soumise à un règlement d’exemption concernant l’application du traité sur le fonctionnement de l’Union Européenne).
  • On se soumet de façon permanente aux diktats et aléas industriels (il faut dans n’importe quelles conditions, accepter de commercialiser une production, qu’elle soit adaptée ou non aux marchés).
  • On admet l’inexistence d’un véritable fonds de commerce (le concédant disposant du droit de transmettre sans indemnité compensatrice, son « panneau » et la clientèle y attachée, qu’il considère comme sienne, à tout tiers successeur dans la représentation de sa… ou de ses marques).
  • On absorbe des transferts abusifs croissants de charges industrielles, notamment le coût indu des formations produits et des garanties, voire même on supporte financièrement sans mot dire, les conséquences de vices de conception et/ou de fabrication de produits, le concédant n’acceptant pas toujours d’assumer les conséquences directes ou indirectes du risque industriel (erreurs de conception, défectuosités ou malfaçons techniques).
  • On mobilise une masse de capitaux au bénéfice d’un tiers concédant, pour couvrir un risque commercial qu’il n’accepte pas de prendre, notamment à travers les reprises inéluctables des matériels d’occasion.
  • On supporte au fil du jeu de chaises musicales auquel se livrent les sièges nationaux, les fantasmes ou fantaisies intellectuelles et organisationnelles versatiles des suppôts du moment, représentant le concédant sur le terrain, dont l’intérêt carriériste supplante très largement celui du concessionnaire et sa capacité contributive.
  • On risque d’être soudainement contraint de se dessaisir de son entreprise, dans le cadre d’alliances non consenties, résultant de despotiques volontés « concentrationnaires », de purs calculs stratégiques industriels et commerciaux planétaires ou d’intérêts strictement capitalistes.
  • On aliène enfin l’imprescriptible pouvoir entrepreneurial de transmission, du fait du caractère « intuitu personae » du contrat de concession (tout cessionnaire potentiel devant être fatalement agréé).

… avec comme unique et seule contrepartie illusoire, une exclusivité « concédée »[2] (limitée dans le temps) de représentation commerciale territoriale de la… ou des marques concernées… et son obligation implicite de se prosterner, de s’agenouiller, de courber la tête… et de dire MERCI à son bienfaiteur ???[3]

Outre l’acceptation en pleine conscience de ces règles du jeu « médiévales », le « métier » requiert donc chez l’entrepreneur « distributeur », qui en s’y soumettant, y trouve à la fois, une sécurité et la compensation d’un certain déficit d’audace, de créativité industrielle et commerciale, des capacités avérées de gestion rigoureuse et de mobilisation permanente de l’énergie de toutes ses équipes sur les modalités de création de valeur, dans la catégorie socio-professionnelle des « gagne petit ».

[1] Quels que soient les produits distribués (véhicules particuliers, professionnels, industriels, agricoles ou tous autres produits…).

[2] Définition du mot concédé : accordé comme une faveur… ?

[3] Bon nombre de concessionnaires (assez souvent d’ailleurs des présidents d’amicales ou de groupements…) ont cette singulière et triste aptitude à bassement courtiser les concédants… en contrepartie d’honneurs personnels ou accessoirement d’avantages plus matériels…

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