LA MORT DU CLOWN…

By 3 mai 2020 Emotions

La Mort du CLOWN…

« Derrière le Cirque,

Là ou parviennent encore la musique et les rires

Qui chaque soir le saluaient à son entrée en piste,

La caravane…

Celle du Clown !

Dans la tiédeur obscure qui règne à l’intérieur,

Allongé sur son lit,

Les yeux fixés sur la défroque rouge accrochée face à lui,

Il parle doucement, faiblement.

Elle, a genoux qui écoute, un peignoir passé sur son tutu de soie,

C’est sa fille.

Sa mère est morte, un soir de mai.

Elle, elle avait douze ans… La corde du trapèze ! Elle se souvient…

Elle était là quand son père l’a ramenée dans ses bras,

Pantin sans vie et allongée à cette place…

Là même !

Elle se souvient du Clown triste aux yeux brillants de larmes,

Qui ce soir-là, ne fit rire personne.

Il parle faiblement, doucement…

Il est si loin le temps de la verdine, du vélo à une roue, des animaux savants,

Du Cirque familial.

Une étrange lueur, un instant le traverse…

Sa vie…

Les tremplins à bascule, le costume à paillettes, la piste de sciure,

La musique et les rires…

Les rires des enfants, ces rires qu’il entend…

Toujours plus forts… toujours plus forts…

C’était sa vie.

Puis un beau soir… ils n’ont plus ri…

Cela devait arriver, il le savait.

Ce fut sa fin !

Pour le dernière fois,

Pour un ultime Adieu, ce soir-là, il s’est habillé, maquillé.

Le gosse au premier rang,

Soit qu’il eût deviné sous cette pâte rouge,

Les yeux tristes du Clown,

Ou perçu l’ultime battement de son cœur, tendrement lui sourit.

Les rumeurs sont éteintes, la voix du Cirque s’est tue.

En silence, dans une boîte, il a rangé son faux-nez de carton et son chapeau melon,

Ses fards et ses chaussures à rallonge,

Évoquant un à uns ces souvenirs étranges.

Et tandis que là-bas sous le chapiteau vert,

La musique entreprend la parade finale,

Croyant dans son délire, entendre pour lui seul, comme par le passé,

Ces battements de mains…

Il a fermé les yeux et pendant un instant, il a courbé la tête…

Il a salué…

Comme pour remercier…

… Sa plus belle sortie !

Novembre 1966

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